Photovoltaïque : Quel place pour la France ?

Pour pouvoir rivaliser sur le marché hautement concurrentiel du photovoltaïque, la France doit miser sur la technologie et développer un marché suffisant pour permettre aux industriels de devenir rentables.
La compétition mondiale se place sur le terrain de la technologie. Les investissements se multiplient dans le photovoltaïque de deuxième ou troisième génération. Encore jeune, le marché du photovoltaïque a connu de nombreux bouleversements ces dix dernières années. Comme tout marché en voie de maturité, il est devenu plus intégré, se concentrant sur quelques leaders dominants. Avec la baisse des coûts des composants et l'augmentation des coûts de l'énergie fossile, il devrait devenir encore plus dynamique. A condition, que cette énergie devienne rentable et puisse se faire une place dans le mix énergétique mondial de demain. Compétitivité, innovation et qualité seront donc nécessaire.
La course technologique est d'ores et déjà lancée. Pour l'instant, l'Asie (et surtout la Chine) domine le marché et la France semble avoir manqué le départ. Quels sont les défis que doit relever l'hexagone pour avoir une chance de concourir parmi les leaders mondiaux ?
Entre 2003 et 2008, la part dans la production mondiale de cellules photovoltaïques de la Chine est passée de 1% à 36%. D'ici 2015, elle devrait représenter 46% de la production. Les clés de ce succès ? Une entrée agressive et en masse sur le marché, un très bon niveau de qualité, une filière intégrée et des investissements pour préserver un avantage concurrentiel en volume et en performance de l'outil industriel.
Dans un secteur où les 10 plus gros fabricants représentent 54% du marché en volume, des entreprises américaines ont également réussi à se faire une place au soleil. L'investissement massif dans la technologie en amont semble avoir été payant. De nombreuses startup américaines investissent dans le photovoltaïque de deuxième ou troisième génération.
Bien positionnée en termes d'innovation, la filière française pourrait devenir leader sur les technologies à forte valeur ajoutée. Les fabricants européens, qui se sont surtout positionnés sur des technologies dites de "première génération", ont parfois eu des stratégies de positionnement sur la chaîne de valeur plus risquées, la plupart du temps en ne parvenant pas à retirer des marges suffisantes par la simple activité de fabrication de modules à partir de cellules chinoises.
Ainsi, l'activité de la filière est surtout axée sur l'aval de la chaîne (la chaîne amont ne représentant que 24% des emplois en France).
Pourtant, en termes d'emplois, tant au niveau de la production, de l'installation que de la maintenance, la filière pourrait générer en Europe plus de 2,2 millions d'emplois directs dans le cas d'un scénario de production avancé (39 GW d'installation annuelle en 2020 et 65GW en 2030) et 950.000 emplois indirects d'ici à 2030. Mais à deux conditions : la performance des innovations des entreprises (R&D et nouvelles solutions à trouver) et la baisse des coûts d'investissement qui rendront le photovoltaïque compétitif par rapport aux autres énergies.
En France, alors que l'amont de la filière est peu développé, quelques fabricants de modules, comme Fonroche, Solairedirect et Tenesol, affichent une capacité de production de 200 MWc, loin de la taille critique de rentabilité estimée à un gigawatt par an.
Les industriels français se retrouvent face à plusieurs problématiques : une difficulté d'accès aux financements et une taille de marché local limitée par rapport à la Chine ou aux Etats-Unis. La France présente néanmoins des atouts, comme le faible coût de l'électricité qui, dans un premier temps, a freiné le développement de cette énergie, mais pourrait, à terme, permettre de limiter les coûts de production des modules et cellules. De plus, la filière française est bien positionnée en termes d'innovation, elle pourrait devenir leader sur les technologies à forte valeur ajoutée, notamment dans les applications d'intégration au bâtiment et du stockage de l'énergie.